En France, on compte actuellement entre 8 et 11 millions d’aidant.e.s. Quasiment 60 % des aidants étaient des femmes en 2015. En 2030, 1 salarié sur 4 sera aidant.e !1
Chacun.e est susceptible de se trouver en situation d’aidant.e
Assistance ménagère, administrative, financière ou médicale à un parent vieillissant ou en perte d’autonomie, maladie chronique d’un conjoint ou d’un enfant, accident grave et subit d’un proche, aide financière ou soutien aux activités de la vie quotidienne d’une personne en situation de handicap, les cas de proche aidance sont nombreux. Ainsi, chacun.e est susceptible, à un moment ou l’autre de sa vie, de se trouver en situation d’aidant.e.
Des collègues aidants, chacun en a autour de soi et on peut soi-même en faire partie. Pourtant, près d’un aidant sur deux ne se reconnaît pas comme tel2. En effet, il ou elle vit sa situation avec de la culpabilité de n’être pleinement sur aucun front et ce, de façon souvent invisibilisée. Dès lors, la CFDT-MAE considère qu’il est important de libérer la parole au sujet de l’aidance et de valoriser le rôle des aidants – y compris dans la sphère professionnelle.
Libérer la parole au sujet de l’aidance et valoriser le rôle des aidants y compris dans la sphère professionnelle
Il est donc temps de libérer la parole sur ce sujet encore tabou, qui devrait pourtant être considéré et soutenu au même titre que la parentalité ; la proche aidance est un engagement humain et citoyen !
Si les visages de l’aidance sont multiples, comme les situations auxquelles les aidants font face3, la plupart des situations d’aidance représentent une forte charge mentale et émotionnelle et exigent de l’aidant disponibilité et efforts pour concilier les multiples attentes de l’entourage familial et professionnel. En résulte le développement de compétences utiles, nombreuses et transférables – gestion d’agendas, d’intervenants divers ayant un langage propre (médecins, pharmaciens, logistique..) mais aussi d’une intelligence émotionnelle (écoute/ tolérance/ résistance au stress/capacité d’initiative ou réactivité) – qui peuvent et doivent être soutenues au bénéfice du collectif.
Une aidance encore imparfaitement appréhendée au MEAE
Les aidants ont souvent des carrières fractionnées et moins rémunératrices :
- le congé de solidarité familiale n’est pas rémunéré même si une allocation peut être perçue ;
- le temps partiel impacte la situation financière immédiate de l’aidant en la précarisant (surtout dans le cas des familles monoparentales) et réduit le CIA. Il est aussi un facteur de perte de chances professionnelles en obérant fortement les possibilités de promotion ;
- la proche aidance limite enfin la capacité à présenter des concours et examens professionnels et a ainsi un impact sur le montant des droits à la retraite.
La proche aidance porte fréquemment atteinte à la mobilité fonctionnelle et géographique
- En administration centrale, les aidants préfèrent ne pas changer d’environnement professionnel. En effet, ils n’ont pas le temps et parfois pas l’espace mental suffisant pour suivre des formations permettant de s’adapter à de nouvelles fonctions.
Cette mobilité fonctionnelle réduite est parfois mal perçue par les RH, alors même que les aidants ont le temps d’approfondir la connaissance de leurs fonctions. A ce titre, ils constituent souvent des vecteurs de stabilité et de mémoire du service et ils apprennent aussi à travailler vite, deux compétences appréciables pour un chef de service.
- La proche aidance constitue également un obstacle à l’expatriation
Les agents doivent sélectionner des postes peu éloignés du lieu de résidence de leurs proches ou alors limiter leurs choix à des pays pourvus d’établissements scolaires ou de soins adaptés à la pathologie de leurs proches. De plus, ils ont des frais de déplacement plus importants pour retourner voir leur famille et/ou effectuer le suivi de soins en France ou à l’étranger. Certaines indemnités telles que l’allocation enfant handicapé sont perdues durant l’expatriation et les surcoûts liés à l’inscription dans certains établissements de soins sont insuffisamment compensés par le supplément familial.
Un manque de flexibilité chez les encadrants
Si certains agents sont appuyés par leur hiérarchie, à l’inverse beaucoup de collègues proches aidants nous signalent avoir déjà pâti d’un manque de flexibilité de la part de leur supérieur dans la prise en compte de leurs demandes d’absence.
Pour les binômes des agents proches aidants, l’absence de leur collègue occasionne une surcharge de travail, surtout lorsqu’elle a lieu dans des périodes de forte charge d’activité du service, et limite aussi le choix de leurs périodes de congés.
Les encadrants gagneraient donc à être davantage sensibilisés à l’écoute et à la gestion des relations interpersonnelles des équipes et mieux formés à la détection des signaux d’aidance.
La hiérarchie a également besoin d’outils pour gérer des situations professionnelles délicates :
| – Comment faire face au désengagement temporaire d’un agent lié à son surengagement à domicile ? – Comment gagner en réactivité pour réorganiser un service amené à recevoir du public lorsqu’un agent peine à respecter des horaires fixes ? – Comment gérer la crainte de l’installation d’une situation d’iniquité entre les agents d’un même service qui, à terme, peut créer un problème d’ambiance au travail ? – Comment, à moyens constants, récompenser un binôme qui travaille davantage sans discriminer l’agent proche aidant ? – Comment maintenir le dialogue et conserver un proche aidant au sein d’un collectif de travail alors même qu’il télétravaille fréquemment ? – Quel(s) dispositif(s) peut-on mettre en œuvre afin d’éviter la déperdition d’information et favoriser la mise à jour régulière des connaissances pour atteindre les objectifs fixés alors que l’agent aidant devient moins disponible ? |
Les propositions de la CFDT-MAE
Si des avancées législatives et jurisprudentielles récentes sont à saluer (Décret n° 2025-827 du 19 août 2025 sur les plateformes de répit et arrêt de la CJCE du 11 octobre 2025 pour les parents d’enfants en situation de handicap), elles sont encore insuffisantes.
La CFDT-MAE revendique un changement d’approche, une libéralisation de la parole et appelle au lancement d’une politique innovante d’accompagnement des agents proches aidants par la mise en place, en lien avec les partenaires sociaux, d’un PLAN AIDANCE pérenne et ambitieux :
| – Communiquer d’avantage sur le dispositif de don de jours, en fluidifier l’accès et mettre en place une procédure d’urgence ; – Animer des RDV pairs/aidants réguliers au sein du MEAE et un atelier annuel d’échanges de bonnes pratiques pour les managers sur ce sujet (a minima lors de la journée de l’aidance en octobre) ; – Prendre en compte le fait que les 11 millions d’aidants sont en majorité des femmes et considérer la proche aidance comme un engagement valorisant une carrière et des acquis pour l’obtention de promotions ; – Rédiger et mettre à jour un guide de l’impatriation contenant des listes d’établissements susceptibles d’accueillir les enfants/adultes en situation de handicap/dépendance ; renforcer les liens entre le MEAE et les mairies d’accueil (Paris, Nantes) pour s’assurer d’un quota d’accès pour le Département ; identifier clairement un contact unique par agent pour toutes les démarches et questions liées à la proche aidance au Ministère ; – Briser le tabou de la proche aidance à l’étranger : accompagner et faciliter le départ à l’étranger des proches aidants et de leur famille ; faire figurer dans les livrets d’accueil des postes les dispositifs locaux en faveur des aidants ; permettre aux agents en poste à l’étranger de bénéficier du congé de proche aidant et du congé de solidarité familiale ; autoriser le recours au télétravail, en veillant à prévoir des missions de renfort pour les postes en difficulté le cas échéant ; – Faciliter la réintégration rapide et sans délai, sur leurs fonctions ou des fonctions équivalentes, des proches aidants partis en congé à ce titre. |
La proche aidance, parlons-en !
En effet, au-delà de la valorisation et de la facilitation de la vie professionnelle des agents aidants, c’est toute la qualité du travail accompli au sein des services concernés qui est en jeu ! Responsable et constructive, la CFDT-MAE considère qu’un service où les agents aidants sont valorisés gagnera en qualité et en efficacité.
Si ce sujet vous concerne, vous intéresse ou si vous souhaitez partager un témoignage, n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse suivante : cfdt.mae@diplomatie.gouv.fr
- Source : ANACT ↩︎
- Ministère des solidarités ↩︎
- Haut Conseil de la Santé Publique : Les proches aidants ou des solidarités en action ↩︎