Le 8 juillet, vos représentantes de la CFDT-MAE, ont assisté à la présentation du rapport 2026 du Haut Conseil à l’Égalité (HCE) portant sur « l’état des lieux du sexisme en France : la menace masculiniste ».
Présentée par l’Ambassadeur Jean-Pierre Asvazadourian, Haut fonctionnaire à l’égalité des droits et à la diversité, cette rencontre a réuni la présidente du HCE, Bérangère Couillard, ainsi que plusieurs figures clés de la diplomatie et de l’égalité.
Entre constats nationaux alarmants et débats sans fard sur les pratiques internes au MEAE, voici ce qu’il faut retenir :
1 – Le sexisme en France : un double visage bien ancré
Les travaux du HCE révèlent que la France s’inscrit dans un modèle de sexisme à double dimension, où deux dynamiques se renforcent mutuellement :
- Le sexisme hostile (17 % de la population) : des attitudes explicitement agressives ou méprisantes. Un chiffre marquant : 60 % des hommes estiment encore que les féministes ont des demandes exagérées.
- Le sexisme paternaliste (27 % des hommes, 18 % des femmes) : plus subtil, il se déploie sous couvert de bienveillance ou de protection, assignant les femmes à des rôles traditionnels de fragilité ou de dévouement.
Ce sexisme ordinaire agit comme le moteur d’un véritable continuum de violences : 84 % des femmes déclarent avoir déjà vécu une situation de violence, et la sphère professionnelle n’y échappe pas, touchant 49 % d’entre elles.
2 – Le focus inédit du HCE : la nébuleuse masculiniste
Cette année, le HCE alerte sur l’expansion rapide des réseaux masculinistes. Loin d’être une simple dérive isolée, il s’agit d’une idéologie structurée et financée, qui instrumentalise la peur d’un prétendu « déclin masculin ».
Le saviez-vous ? Il faut en moyenne moins de 20 minutes sur les réseaux sociaux pour qu’un jeune soit exposé à un contenu masculiniste. Ce mouvement cible les jeunes hommes dès l’âge de 14/15 ans.
Qu’il s’agisse des Incels, des MGTOW ou du mouvement plus récent des Tradwives (qui romance la subordination domestique des femmes), ces courants se banalisent en ligne. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 39 % des hommes pensent que le féminisme menace leur place dans la société.
3 – Et au MEAE ? Ce qu’il se passe dans nos services
La diplomatie féministe ne doit pas être qu’une vitrine internationale, elle doit s’appliquer rigoureusement en interne. Lors des échanges, la réalité de notre ministère est directement concernée par ces enjeux.
Le poids du sexisme paternaliste :
L’Ambassadrice Ahlem Gharbi (association Femmes et diplomatie) a souligné la persistance d’un sexisme paternaliste au MEAE, particulièrement à l’encontre des jeunes collègues lors de l’annonce d’une grossesse ou au retour d’un congé de maternité. Une forme de mise en concurrence et des freins à la carrière sont encore trop fréquents. Comme nous l’avions souligné lors d’un précédent CSAM, il est encore parfois fait mention des congés maternité lors des entretiens annuels d’évaluation et/ou à l’écrit dans les comptes rendus FANEV de certaines agentes.
La qualité des formations en question :
La question des formations a été soulevée. Si l’engagement du cabinet EGAE pour la formation des référents égalité a été salué, des critiques ont été exprimées concernant le prestataire Mentor. La formation « la maternité en milieu professionnel, un atout pour le management » (proposée par l’ADC) a été épinglée pour son manque d’inclusivité (utilisation du masculin « agents » pour parler des femmes enceintes, oubli total du post-partum, de l’allaitement et de l’implication des pères).
Les avancées de l’administration :
L’administration a rappelé les efforts de la DRH : le remplacement à 100 % des postes en congé maternité et le déploiement du nouveau congé paternité. De plus, 70 % des postes à l’étranger disposent désormais d’une feuille de route sur l’égalité.
4 – Les recommandations du HCE et l’action de la CFDT
Pour endiguer ce fléau, le HCE appelle à des mesures fortes dont notamment :
- Rendre effectives et obligatoires les séances d’éducation à la vie affective et sexuelle (EVARS) dès l’école.
- Réguler strictement les plateformes numériques et rendre leurs algorithmes transparents.
- Créer un plan interministériel de lutte contre la radicalisation masculiniste (considérée comme une menace pour la sécurité nationale).
- Augmenter le budget du HCE (actuellement de 50 000 €) pour lui donner une envergure d’observation européenne.
Quelle société voulons-nous pour demain ?
En septembre 2026, le HCE publiera un nouveau rapport très attendu sur l’impact socio-économique de la maternité (discriminations, freins de carrière, baisses de salaire).
Pour la CFDT-MAE, la crédibilité de la France sur la scène internationale dépend directement de son exemplarité en interne. Nous continuerons à exiger des formations de qualité, un suivi rigoureux des DUERP (qui doivent intégrer le volet des violences sexistes et sexuelles), de favoriser un meilleur équilibre entre vie professionnelle/vie personnelle et un réel partage de la parentalité sans impact sur les carrières.
Pour aller plus loin, vous pouvez consulter l’étude européenne citée dans le rapport : “The Next Wave: How Religious Extremism Is Regaining Power”.
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